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Publié dans Le Soleil, le lundi 11 novembre 2002
La psycho branchée
Quand la thérapie passe par le Web
André Forgues
( collaboration spéciale )
À quel rythme et jusqu'à quel point la psychologie s'accaparera-t-elle des possibilités qu'offrent Internet en particulier, et l'informatique en général ?
Imaginez l'agoraphobe qui, aux premiers stades de son traitement, communique avec son thérapeute par courriel pour éviter d'avoir à se déplacer pour une consultation, ce qui le forcerait à affronter le monde extérieur.
Ou encore imaginez le patient qui, dans le cadre d'une thérapie comportementale pour vaincre le trouble panique qui s'empare de lui dans certaines circonstances, est exposé à doses progressives à ces circonstances à l'aide d'un logiciel de simulation.
Selon le psychologue Alain Rioux, " ce qui va se passer par Internet, ça va être autre chose qu'une relation thérapeutique dans un bureau. Ça ne sera jamais pareil. C'est un autre médium et c'est un autre type de relation qui va se construire, un type de relation qui ne permettra pas de régler les mêmes choses qu'on règle dans un bureau mais qui pourra peut-être permettre d'en régler certaines. "
N'y a-t-il pas une utilité certaine à une relation à distance par Internet qui permettrait de dédramatiser une situation de crise ? Ou encore à la simple utilisation du Web par une personne en difficulté afin de l'aider à prendre contact avec les bonnes ressources ?
L'exemple de la peur des foules vient spontanément à l'esprit d'Alain Rioux. " Il y a beaucoup de personnes qui souffrent d'agoraphobie et qui ne sortent plus de chez elles. Pour elles, même aller consulter un thérapeute dans un bureau, c'est un pas qu'elles ne sont pas près de franchir. Mais si on peut faire le premier contact avec la personne par Internet et qu'elle se sent en sécurité, peut-être que la suite, ce sera de réussir à la faire sortir et de l'amener vraiment chez le thérapeute. " Plus largement, quant à l'utilisation de l'informatique, Rioux cite son collègue Stéphane Bouchard, de l'Université d'Ottawa, qui, dit-il, " s'intéresse à toutes les applications multimédias. Par exemple, pour les phobies, on parle souvent qu'il doit y avoir une période d'exposition à la situation anxiogène. Il est donc en train de monter des logiciels pour que, virtuellement, on puisse exposer les gens de façon progressive à des stimuli aversifs, à des choses qui les effraient. "
Quant à l'utilité d'Internet au sens strict, Rioux mentionne le cas des personnes vivant en régions éloignées et qui pourraient profiter d'un contact thérapeutique dans Internet, dans la mesure où leurs besoins sont de nature à être satisfaits sans contact direct, ce qui n'est évidemment pas toujours le cas. Car, ajoute Rioux, " il y a certaines thérapies qui vont se prêter mieux à Internet que d'autres. Les thérapies basées davantage sur la relation interpersonnelle, l'exploration des émotions, c'est plus difficile de les faire sur le Web. Mais c'est plus concevable avec les thérapies de type cognitive comportementale, pour lesquelles il y a beaucoup d'entraînement et beaucoup d'éducation qu'on fait auprès de la personne ".
Dans certains cas où le psychologue, par exemple, veut vaincre le trouble panique en entraînant notamment son patient à la relaxation à travers une technique connue, " on peut faire l'apprentissage dans Internet, le pratiquer et, si on a le moyen d'avoir un feed-back avec un thérapeute qui nous répond par courriel, ça va. La partie exploration des émotions viendra après et là, il faudra peut-être avoir un contact direct ". Coauteur avec France St-Hilaire du Guide de la psychologie br@nchée, qui vient de paraître (Éditions Option Santé, 22,95 $), Alain Rioux admet que l'utilisation d'Internet dans la pratique de la psychologie soulève bien des questions encore en suspens, comme les droits de pratique avec les clients outre-frontières ou l'adaptation du code de déontologie qui régit la façon dont doit se dérouler la pratique d'un psychologue.
Par exemple, au Québec, les psychologues sont soumis à des normes très strictes en matière de publicité lorsqu'ils veulent utiliser les médias traditionnels mais aucune règle n'a été édictée en ce qui concerne les sites Web dont ils peuvent se doter, parfois très racoleurs ou carrément commerciaux. " C'est un autre endroit où il y a une réflexion à faire. "
Selon Rioux, il faudra encadrer la manière de présenter les choses pour éviter de verser dans la propagande ou les comportements extrêmes. Certains sites commerciaux utilisent toutes sortes de trucs, comme aménager des trappes dont les internautes peuvent difficilement se sortir, une fois qu'ils sont entrés dans un site.
France St-Hilaire et Alain Rioux travaillent tous les deux au centre hospitalier Robert-Giffard. Elle est archiviste et responsable de la galerie historique Lucienne-Maheux. Il est psychologue et responsable des sites Web psycho-res sources.com et psynergie.com, en plus de poursuivre des travaux de recherche sur la schizophrénie. Dans leur livre, ils proposent notamment une sélection de 1000 sites dont, sans pouvoir en garantir formellement le sérieux, ils affirment avoir fait une sélection rigoureuse.
" S'il avait seulement une page, le site était écarté ", explique France St-Hilaire. Elle ajoute qu'une priorité a été accordée aux sites établis depuis longtemps tandis que Rioux précise qu'ils ont pris en compte l'impression de sérieux dégagée par le site, par exemple si des détails étaient fournis sur la formation de l'auteur du site. " On ne peut pas répondre des qualifications des thérapeutes, insiste France St-Hilaire. On n'a pas vérifié s'ils sont dans l'Ordre des psychologues. Ce sera au lecteur à le faire. "
Le livre qui contient plusieurs autres conseils de prudence adressé aux internautes. " Son originalité, poursuit France St-Hilaire, c'est la densité des descriptions, l'utilisation de mots-clés, l'identification du pays d'où le site origine, l'index de 400 mots- clés qui permet de trouver facilement un site qui traite d'un sujet particulier. "
Les sites sont d'ailleurs classés en catégories et sous-catégories. En introduction à leur répertoire, les auteurs offrent une courte introduction à Internet et un intéressant chapitre sur Internet et la psychologie, qui contient notamment des conseils aux thérapeutes qui voudraient se donner une présence dans le Web. Ce guide Internet sera suivi de deux autres. Un sur la sexualité, à paraître au printemps 2003, et un troisième sur la spiritualité, un domaine où, note France St-Hilaire, " il y a plus de sites dangereux ", susceptibles de causer du tort à des personnes en détresse psychologique.
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